Philippe Peiger : toitures biodiverses et biosolaires

Posted By Chloé on Avr 7, 2016 | 0 comments


GROOF était au Salon Primevère, sur l’alter-écologie, qui a eu lieu à Lyon du 26 au 28 février dernier. Dans ce cadre s’est tenue une conférence de Philippe Peiger. Philippe Peiger est expert en agroécologie urbaine à Paris et Lausanne et président de l’association « Nature en toit » ; il a présenté une partie de son travail sur les toitures végétales. Pionnier en la matière il nous a partagé son expérience à travers des exemples de ses réalisations aussi bien en France qu’en Suisse. Il est revenu sur les principaux aspects des toitures végétalisées, puis s’est intéressé plus spécifiquement aux toitures biodiverses et biosolaires, pour ensuite prendre un temps d’échange avec le public.

Voici un retour sur la conférence « Toitures biodiverses et biosolaires : les règles de l’art », qui traite un sujet proche de celui de GROOF.

Une pratique peu expérimentée en France, adoptée dans plusieurs pays européens

Il a réalisé plusieurs végétalisation dans des lieux parisiens comme la Recyclerie à Paris, l’atelier de Yann Arthus Bertrand ou la végétalisation de l’arche des petites bêtes à Thoiry qui permettent de bien comprendre l’utilité de ce type de toit ainsi que leur intégration dans la ville.

De nombreux exemples de toits jardinés existent en Suisse, en Allemagne, Grande-Bretagne, Autriche en Belgique et aux Etats Unis. La France ne se situe pas au même niveau et c’est en Suisse que les exemples sont les plus nombreux, notamment Bâle et Lausanne.

Aménagement du zoo de Thoiry

Aménagement du zoo de Thoiry

Aspects techniques

Lors de cette conférence il est brièvement revenu sur les typologies de toits (plats, inclinés, avec des tuiles…) sur les différentes plantes à utiliser, les risques liés à chaque type de toits ainsi que l’importance de la saisonnalité des toitures. Il conseille de respecter cette dernière pour ne pas avoir à employer d’engrais sur les toits.

En ce qui concerne les plantes, la majorité des essences peuvent être plantées, du moment qu’elles sont adaptées au climat. Cependant certains arbres, aux systèmes racinaires trop grands doivent être proscrits, c’est le cas du bambou, du cerisier ou de l’acacia.

Les toits végétaux sont conçus de telle manière qu’ils ne nécessitent pour la plupart que de très peu d’entretien. La biodiversité présente se régule ainsi d’elle-même et devient le lieu privilégié pour le développement d’une faune riche (insectes, amphibiens, oiseaux…).

La méthode employée par Philippe Peiger nécessite la superposition de plusieurs couches de matériaux pour élaborer une toiture végétale durable et efficace.

Voici un schéma explicatif :

Coupe d’une toiture végétalisée (source : http://toiture-vegetalisee.architecteo.com)

Les toits biosolaires comme marqueurs d’innovation urbaine ?

Un des modèles de toits végétalisé que défend Philippe Peiger est le toit biosolaire.

Ce type de toitures apporte tous les avantages d’une toiture végétalisée classique auquel s’ajoute une production d’énergie solaire, ce qui permet de jouer sur la synergie des deux technologies. En effet, le fonctionnement des toitures végétalisées biodiverses agit en fixant la chaleur et permet ainsi aux panneaux solaires de cumuler davantage d’énergie et profite également de l’ilothermie (réchauffement des bâtiments par inertie). Il accroit jusqu’à 20% la production et l’efficacité du panneau photovoltaique. Cependant ce système n’existe pas encore en France.

Halles Beaulieu, Lausanne Suisse - Toiture biosolaire - Crédit Photo Aino Adriaens

Halles Beaulieu, Lausanne Suisse – Toiture biosolaire – Crédit Photo Aino Adriaens

Législation et financements

Par ailleurs, la législation française n’est pas encore aussi avancée que dans d’autres pays (Suisse), et bien qu’elle n’interdise pas de végétaliser les toits, cette pratique est encore mal encadrée. Aujourd’hui, il faut effectuer une déclaration du changement de statut du toit et obtenir l’approbation d’un Architecte des Bâtiments de France (dans les secteurs UNESCO ou de monuments historiques) pour permettre la végétalisation. Le toit doit également être pourvu de 8 à 10 cm de substrat.

Un projet de loi sur la Biodiversité, la nature et les paysages est actuellement examiné par l’Assemblée Nationale et le Sénat dans l’attente de la parution d’un décret d’application, il devrait faciliter la création de toits végétalisés.

Enfin, le coût de revient est une des premières questions posées par le public, à la suite de sa présentation, car beaucoup de particuliers étaient présents et souhaitaient s’informer des possibilités d’effectuer des travaux de végétalisation pour leurs toits. Philippe Peiger parle de l’exemple pour une maison de particulier, pour qui cela reviendrait à environ 90 euros le m².
Cependant, il nous informe aussi que des aides existent et notamment que l’Agence de l’eau peut financer jusqu’à 20 euros le m², de même que les départements et les villes peuvent aussi apporter des aides à la mise en place de ces installations (jusqu’à 50% de prise en charge).

Conclusion

Beaucoup de questions à propos des variétés de plantes à utiliser, sur la portance des toits ou encore sur la possibilité d’élaborer cela sur des toits en brique. La majorité du public était composée de particuliers mais possédant des connaissances techniques et pratiques de ce genre d’installation.

Une conférence menée par Philippe Peiger avec entrain et dynamisme, et suivie avec attention par une salle remplie du début à la fin. Le caractère technique de certain de ses propos n’a pas découragé l’auditoire qui a su rebondir sur des notions très diverses exprimées par PP lors de sa présentation. La qualité des questions posées aisni que leur niveau d’exigence montre à quel point tant les particuliers que les autorités publiques s’approprient la problématique de la végétalisation des toits.